dhormon.jpg André d’Hormon

André Yacinthe Roquette, dit André d’Hormon (1881-1965) arriva à Pékin en 1906, où il fut, pendant 25 ans, conseiller diplomatique de la Présidence de la République et conseiller politique à la Présidence du Conseil. Il enseigna, en français, à l'Université impériale de Pékin, en qualité de professeur de sciences politiques et contribua à fonder l’Université franco-chinoise de Pékin où il enseigna longtemps le français aux étudiants chinois destinés à poursuivre ensuite leurs études en France. Il fut aussi, en 1936, le co-fondateur et le directeur du Centre franco-chinois d'études sinologiques de Pékin, où il se consacra à l'étude de la pensée et de la littérature chinoises et à la traduction, en chinois, de la littérature et de la pensée françaises. Le Centre édita de nombreuses publications, supervisées ou dirigées par André d’Hormon dans lesquelles il publia, en regard du texte chinois, de remarquables traductions françaises, qu’il se refusa toujours à signer de son nom.

Après 49 années passées dans la capitale chinoise, d’Hormon avait acquis une excellente connaissance de la langue et de la littérature chinoise, et avait rassemblé une importante collection de livres chinois.

La Chine a été toute ma vie, confiait-il à un journaliste en 1959 […]. J’y ai vécu presque toute son histoire contemporaine depuis 1906. J’ai sauvé Pékin du pillage trois fois, tenu les clefs de ville pendant trente jours, fondé les œuvres franco-chinoises, créé un institut à l’Université de Pékin qui a été suivi par 2500 élèves. Avant guerre, mon garçon de bibliothèque s’appelait Mao-tse Tung. C’est lui qui venait m’apporter les livres dont j’avais besoin à l’époque. (1)

En 1953, Le Centre d’études sinologiques fut fermé par le gouvernement de la République populaire de Chine et sa bibliothèque fut transférée à l’Institut des Hautes Études chinoises de l’Université de Paris (2). Deux ans plus tard, André d’Hormon quitta la Chine à son tour, emportant avec lui une partie de sa bibliothèque personnelle mais laissant, selon ses propres mots, « toute sa fortune derrière le rideau de bambou ». (3)

Cherchant alors un refuge pour sa précieuse collection et un gîte pour lui-même, il prit contact avec Henry Goüin qui l’accueillit au début de l'année 1955 à l’abbaye, où il déposa sa bibliothèque personnelle, dans une salle spécialement aménagée à cet effet (4). Il la laissa à la disposition des résidents et étudiants qui fréquentaient alors le Centre Culturel et consacra les huit dernières années de sa vie à la traduction d’un grand roman chinois du XVIIIe siècle, Le Rêve dans le pavillon rouge, de Cao Xueqin , considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de la littérature chinoise classique. Il s'éteignit à l’abbaye de Royaumont, le 7 février 1965.
Le fonds chinois qu’il avait légué à la famille Goüin (5) fut confié à la bibliothèque jésuite des Fontaines, à Chantilly, en 1980. Il est aujourd'hui conservé à la bibliothèque municipale de Lyon. Il reste dans la bibliothèque Henry & Isabel Goüin 58 ouvrages, dédicacés à André d'Hormon, qui témoignent du passage de l’illustre sinologue à Royaumont.

 

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(1) Cité par Claude Edelmann, in « Un industriel finance le "décloisonnement des esprits" », article paru dans Lecture pour tous, n°72, décembre 1959
(2) Voir Paul Démiéville, Choix d’études sinologiques, 1973. Cette collection a été regroupée depuis au sein des « Bibliothèques d’Extrême Orient » du Collège de France.
(3) Cité par Claude Edelmann, ibid
(4) « Le sinologue André d’Hormon termine sa quatrième année de séjour au Cercle Culturel. Les locaux que nous avons mis à sa disposition lui permettent de travailler au milieu de la bibliothèque chinoise qu’il a rapportée de Pékin, et d’y accueillir de nombreux disciples. » Extrait du PV de l’assemblée générale du 26 janvier 1960, archives de la Fondation Royaumont.
(5) «  M. Crespelle [directeur du Centre Culturel de Royaumont] rappelle que la Fondation a reçu en legs d’André d’Hormon une importante bibliothèque chinoise dont une partie est restée en Chine. Des négociations sont entreprises pour en obtenir le retour. Il s’agit d’ouvrages de sociologie et d’ethnologie. Grâce à l’UFOD on établit un fichier et un catalogue. Les collaborateurs d’André d’Hormon souhaitent continuer son œuvre, et faire des traductions en équipe. M. Crespelle indique qu’un stage d’enseignement du chinois, par méthode audiovisuelle, sera organisé pour 20 personnes en août 1966. Il va en informer toutes les entreprises qui ont participé à l’exposition de Pékin. […]. M. Basdevant [administrateur] trouve l’initiative de Royaumont très intéressante car il est très difficile d’avoir des chercheurs pouvant être envoyés en Chine. Il pense possible d’insister auprès de l’ambassadeur Paye pour obtenir le retour de la bibliothèque d’André d’Hormon. » Extrait du PV du conseil d’administration du 17 décembre 1965, archives de la Fondation Royaumont